Les «balophobes» collent, les pubs s'envolent
Date: 17 juin 2004 à 14h36
Sujet: Articles parus dans la presse


Par Anne Dalayne et Ivan Franchi, article paru dans Libération le 17 juin 2004

Le balophile (de BAL, abréviation de boîte aux lettres) est une espèce beaucoup plus courante qu'on ne le croit. Cet individu qui se réjouit tous les jours de recevoir des paperasses publicitaires dans sa boîte aux lettres serait même majoritaire dans la population. Selon une étude de la Sofres, 90 % des Français ne dédaignent pas la lecture du prospectus publicitaire. Soit que ça leur fasse passer le temps. Soit qu'ils y trouvent matière à informations utiles. Certains s'en servent en effet pour comparer les prix, d'autres découpent les coupons de réductions sur tel ou tel produit... Mais il y a les autres, les balophobes, qui ne supportent pas de voir leur «vrai» courrier mélangé aux offres de pizza à domicile, aux mille propositions de plombier minute, électricien volant... ou catalogues de grandes surfaces.

Papivore. Les corbeilles posées dans les halls d'entrée d'immeuble en font foi : elles sont remplies d'imprimés de toutes sortes et parfois aussi... de cartes postales ou de lettres recommandées que les allergiques ont jetées avec le tas. Et ceux là, hier, ont marqué un point contre les balophiles. Serge Lepeltier, le nouveau ministre de l'Environnement, a profité de la Semaine du développement durable pour s'en prendre aux débordements du marketing publicitaire papivore. Et de brandir une petite étiquette vert et blanc que les Français pourront coller sur leur boîte aux lettres : «L'abus de prospectus est dangereux pour ma planète... Merci d'épargner ma boîte aux lettres» (1). Un million de vignettes de ce type ont été imprimées pour l'occasion. Objectif : économiser du papier. Si ces autocollants sont tous utilisés, cela permettra d'économiser 40 000 tonnes de papier chaque année, soit, précise le ministère, quatre fois le poids de la tour Eiffel.

Une goutte dans l'océan. Chaque année, 830 000 tonnes de papier publicitaire débarquent dans les boîtes aux lettres. Selon les chiffres du ministère, les courriers non adressés pèsent 40 kg par ménage et par an, soit 17 kg par habitant. Principaux expéditeurs : la grande distribution (80 %) et les commerces de proximité (12 %). Certes, la France ne détient pas le record en la matière. L'Allemagne et l'Angleterre font bien pire. Il n'empêche, le courrier publicitaire coûte cher en collecte et recyclage, sans parler de leur fabrication (eau, bois, encres, métaux). Et fallait-il en plus gâcher à nouveau du papier pour fabriquer les petits autocollants verts ? Alors que ­ c'est le syndicat de la distribution directe qui le dit ­ n'importe quel autocollant «stop pub», même artisanal, ferait l'affaire.

Gâchis. Sentant le vent venir, la Fédération des entreprises du commerce et de la distribution (FCD) avait, elle aussi, présenté la veille un autocollant «stop pub» disponible dans les magasins le premier septembre. Elle aussi avait prévu d'en diffuser un million. Et, pour montrer sa bonne volonté, s'était même engagée à ce qu'une clause soit introduite dans les contrats passés avec les diffuseurs de catalogues publicitaires pour qu'ils respectent cette consigne lors de leurs tournées. Mais, si demain fleurissent partout des petits «stop pub», que deviendront les 50 000 salariés déjà très précaires qui, pour 300 à 400 euros par mois, trompaient la vigilance des codes et des concierges pour glisser toute cette paperasse dans les boîtes aux lettres ?

(1) Ils sont disponibles dans les 150 espaces info énergie de l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie.







Cet article provient de Brigades AntiPub
http://www.bap.propagande.org

L'URL de cet article est:
http://www.bap.propagande.org/modules.php?name=News&file=article&sid=212