Publicis, un pouvoir.
Date: 11 juin 2004 à 15h06
Sujet: Articles parus dans la presse


Extraits de l’article de Marie Bénilde paru dans Le Monde diplomatique de juin 2004.

(…) Une agence comme Publicis entretient des rapports très étroits avec les médias, tout en servant de conseil aux grands patrons.

(…) Publicis, quatrième groupe mondial de communication avec 35166 salariés est présent sur les cinq continents (…).

(…) Fort de ses réseaux Starcom Mediavest et Zenith Optimedia, le groupe, leader mondial de l’achat d’espace publicitaire, détient aussi un pouvoir considérable sur de très nombreux médias dont il peut affecter l’équilibre économique.

On doit remonter à Publicité 1926 (Publi-Six) pour mesurer le chemin parcouru depuis la création de l’entreprise par Marcel Bleustein-Blanchet. Au siège de Publicis, avenue des Champs-Elysées à Paris, (…) un restaurant privé baptisé « Marcel » rend un hommage discret au fondateur. Avec ce club fermé où les caciques de Publicis reçoivent grands patrons, décideurs politiques et élite culturelle, le groupe a affiché sa capacité à faire des affaires. Pas seulement avec des slogans publicitaires, mais grâce à un impressionnant réseau de relations. (…)
M. Maurice Lévy, président du directoire de Publicis depuis 1988, n’est pas un « fils de pub ». Cet informaticien de formation est avant tout un lobbyiste acharné, dont les intérêts relationnels rejoignent presque toujours son portefeuille publicitaire.

(…) M. Lévy affiche un soutient militant à l’Etat d’Israël. (…)Le Mossad lui doit une de ses campagnes de recrutement destinées aux jeunes à haut niveaux d’études(…) : « Si vous avez entre 25 et 35 ans, si vous cherchez une profession passionnante, si vous n’êtes plus motivé par votre profession ou si vous êtes ouvert à une fascinante carrière, faxez votre CV au (…). Le Mossad ne s’adresse non pas à tout le monde, non pas même à beaucoup, mais peut-être à vous. »

(…) l’agence qui se prétend apolitique ne dédaignait pas, via Marcel Bleustein-Blanchet, de conseiller le général de Gaulle avant ses interventions télévisées. Et, aux Etats-Unis, le groupe Léo Barnett, filiale de Publicis a conçu une campagne de recrutement de l’armée américaine qui a déclenché l’ire des manifestants pacifistes pendant la guerre d’Irak.

En France, via Publicis Consultant, M. Lévy, s’est employé à promouvoir le plan Fillon de réforme des retraites. On doit également au groupe la campagne de lancement de l’euro dans les pays européens et la mise en place de la monnaie unique en France. Le budget de « mise en circulation de l’euro » est revenu à Publicis en novembre 2000 sur décision du ministre de l’économie et des finances, M. Laurent Fabius, fidèle allié de l’agence.

(…) Publicis est le chantre des offres publiques d’achat ou d’échange, des fusions créatrices de « valeur » pour l’actionnaire – et de licenciements pour les salariées. « La seule façon de se protéger, c’est de créer plus de croissance, c’est d’être plus gros que les autres » assure M. Maurice Lévy.

(…) Tout comme les médias, Publicis est d’autant plus friand de fusions d’entreprises que cette perspective s’accompagne toujours d’une bataille de communication et de gros budgets publicitaires à la clé.

(…) En vertu de sa position de principal pourvoyeur de campagnes de publicité, Publicis peut compter sur la bienveillance des médias. M. Yves de Chaisemartin, le patron du Figaro, est ainsi allé jusqu’à se séparer d’une journaliste qui suivait Publicis, M. Lévy n’ayant pas apprécié le récit qu’elle fit de son OPA ratée sur le groupe américain True North, ni qu’elle laisse entendre qu’il avait profité du conflit d’héritage opposant Elisabeth Badinter à sa sœur pour récupérer des actions de Publicis « à titre personnel ».

(…)Avec 10,3% du capital du groupe hérité de son père, Marcel Bleustein-Blanchet, Mme Elisabeth Badinter est l’actionnaire de référence de Publicis. Son engagement d’intellectuelle féministe aurait pu modérer les excès de cette agence. Or, exception faite de son intervention au moment de la chute de M. Messier, la présidente du conseil de surveillance de Publicis a assumé sans barguigner un héritage paternel véhiculant des représentations sexistes de la femme. On doit ainsi à Publicis, en 2002, cette campagne de la marque de soutien-gorge Barbara qui faisait dire à une jeune femme dénudée : « Quand on me dit non j’enlève mon pull » ou « Mon banquier me préfère à découvert ». L’année dernière, l’association féministe La Meute, qui milite contre la publicité sexiste, a également mis en cause une affiche de Publicis qui vantait le produit Irresistibol (du fabriquant de soupe Maggi) avec le slogan : « A quoi rêvent les blondes ? Irresistibol, au moins 7 minutes d’intelligence par jour. » Publicis sexiste ? Cela ne perturbe pas outre mesure l’auteure de Fausse route, un ouvrage qui s’érige contre ce qu’elle nomme la « victimisation du genre féminin ». Elisabeth Badinter ne s’est pas davantage émue des plans de réduction des effectifs de Publicis, qui, au nom d’un impératif de marge bénéficiaire de 15% ont entraîné 870 suppressions d’emplois au premier semestre 2001 et 985 suppressions supplémentaires au premier semestre 2002.

(…) M. Lévy aime minimiser son action dans l’histoire économique des dix dernières années. « J’ai un rôle très modeste, dit-il. La seule chose que je fais, c’est des petites annonces et des petits conseils ici ou là. » (…) Il entretient sa position en assurant l’organisation du Forum économique mondial de Davos.

(…)Face au mouvement antipub, indigné par l’omniprésence des annonces dans le métro, Publicis se trouve encore aux premières loges. En janvier dernier, sa filiale Métrobus, qui commercialise les panneaux de la RATP, s’est associée à la régie de transport public pour assigner devant le tribunal de grande instance de Paris soixante-deux personnes ayant endommagés des affiches de publicité et pour leurs réclamer 1 million d’euros de dommages et intérêts. Las, seuls les huit militants qui avaient reconnu les faits furent condamnés. Aussi long qu’il soit, le bras de M. Maurice Lévy ne s’étend pas encore aux cours de justice.





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