Je te hais, moi non pub
Date: 27 avril 2004 à 14h40
Sujet: Articles parus dans la presse


Courrier
Une semaine sur les forums de www.liberation.fr/Trop de pub?
Je te hais, moi non pub


samedi 24 avril 2004 (Liberation - 06:00)

La publicité est un fléau. Un cauchemar éveillé, comme une gangrène, comme un pot de colle. Elle m'abrutit, me lessive, me stresse, me harcèle. Je me réveille : radio, pubs. Petit déjeuner : télé, pubs. Journaux : pubs. En route : panneaux publicitaires. Courrier : pubs (avalanche). Internet : pubs. Ils ont même envisagé d'offrir des communications téléphoniques gratuites, moyennant un encart régulier de spots de taches, pardon publicitaires :

«Chérie, je voulais te dire que...

Avec les biscottes miam-miam, faites crac-crac.

Tu disais, mon amour ?

Rien, chérie, je... je te rappelle.»

La publicité ment. Adroitement, comme un vieux beau, expérimenté mais trompeur. Elle manque d'imagination, prétentieuse, comme un jeune amant, beau mais gonflant. Elle se vend, mais n'embrasse pas. La publicité est une catin, de celles qui vous harcèlent.

La publicité brasse des milliards. De moins en moins inspirée, tel un écrivain raté, elle se rabat sur le sexe, valeur sûre. Ou sur l'angoisse, toujours porteuse. La tendresse, bordel ! Oui, bon ça, Coco, la tête blonde sur l'épaule de la maman top model : d'une pierre deux coups : vas-y, mon Jeannot, fonce, tu tiens la perle ! Etats-Unis. Voici quelques années, une enquête démontrait que des résultats similaires pouvaient être obtenus avec moitié moins de pub : on n'en a pas parlé bien longtemps ! Japon. Un magnétoscope à même d'interrompre l'enregistrement d'un film durant la diffusion d'une publicité a connu une carrière des plus éphémères.

Les gens sont las, résignés, ou au contraire se révoltent, par saccades. Pauvres «livreurs de pubs» dans les boîtes aux lettres, qui parfois se font agresser, comme si c'était leur faute. Dans les supermarchés, l'emballage mentionne : «Vu à la télé !» Et alors ? Le même produit, avant : mauvais, beurk. Après s'être dandiné sur les ondes : waouh, quel goût, quelle classe. Mais de qui se moque-t-on ?

Impossible de ne pas mentionner Coluche et ses Interdits. Grand tournant dans les têtes chercheuses de la stratégie publicitaire : faut pas contrer, faut plus forcer, faut amadouer, se plier, accompagner ! Ainsi, un «le bonheur, si je veux». Ainsi cette magistrale crotte, apothéose de la dialectique façon «chez nous, à malin, malin et demi» : le spot nous montre une famille devant la télé. Pub. Il en profite pour se rendre aux toilettes, pour y retrouver le papier, héros d'un torchon de caniveau !

Après la chute du mur de Berlin, une grande banque, genre Crédit campagnard, voyez, tenta un «Profitons des joies du capitalisme». La tête d'oeuf qui l'a pondu devait être du genre à se rendre tous les samedis à la messe du cynisme, priant la muse en string qui lui inspirerait cette audace teintée de réalisme mi-actualité mi-club des gens heureux et qui ont raison de l'être. Merci à toi, forum Libé, ça m'a comme libéré d'un fardeau. Dorénavant, à la prochaine pub, je penserai à toi. Personne n'est parfait, mais je te préfère malgré tout, tu vois.

Cavendish







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