[Presse] Métro : et si on rêvait...
Date: 11 mars 2004 à 09h22
Sujet: Articles parus dans la presse


[Le Parisien , jeudi 11 mars 2004]

UN SONDAGE de la RATP l'affirme : « 73 % des Franciliens préfèrent la pub. » L'institut de sondage BVA a demandé à huit cents Franciliens, entre le 14 et le 26 février, s'ils aimaient mieux des trajets avec ou sans publicités. Ainsi posée, la question n'aboutit évidemment qu'à une réponse : les voyageurs préfèrent toujours des murs tapissés d'affiches colorées plutôt que la nudité des stations carrelées. [...]


Le sondage ne proposait aucune alternative. Mais aujourd'hui, quand on interroge les Parisiens pour connaître « quels sont leurs rêves pour remplacer la pub ? », les usagers du métro ne manquent pas d'idées. « On pourrait creuser de grands aquariums, estime José, 27 ans, à la station Alexandre-Dumas. Avec des tas d'espèces différentes. Il paraît que les poissons ont un effet apaisant, ça nous aiderait tous à faire la sieste. »
« Si on imprimait des jeux pédagogiques » « Bien souvent, le cadre en faïence émaillée existe encore, explique Michèle. En soi, c'est joli. Il faudrait mettre ces décorations typiques en valeur. Je trouve qu'à part quelques stations, le patrimoine métropolitain n'est pas du tout exploité. Devant certains immeubles, des plaques expliquent qui y a vécu, quand, qui l'a bâti, et j'aimerais bien profiter de mon temps de transport pour apprendre quelque chose sur le métro. Les touristes seraient aussi ravis que moi. » Pourquoi ne pas mettre à profit ses déplacements à la station Parmentier pour s'amuser : « Et si on imprimait des jeux pédagogiques pour les enfants, propose Martine, 53 ans. Ils pourraient trouver les réponses à quelques mètres, voire à la station suivante. Je suis sûre que tout le monde se prendrait au jeu », assure cette jeune grand-mère. « Moi, intervient alors Antoine, 17 ans, je ferai une chasse au trésor. » Avec des énigmes à débrouiller, des indices à trouver, des pistes à suivre, l'adolescent aux allures de premier de la classe est persuadé que son jeu tiendrait en haleine bien des voyageurs, et surtout les plus jeunes. Et de se souvenir que chaque lundi, « le métro distribue un journal (« A nous Paris »), on pourrait jouer sur les deux, les affiches et les articles », comme deux pièces du même puzzle. Encore plus imaginatif et déraisonnable, Claude, 67 ans, démarche bonhomme, voit grand. « On fait place à l'imagination ? Vraiment, interroge-t-il d'abord, comme si la fantaisie était un délit. Bon, je casse les couloirs et les murs que je remplace par des grandes vitres. Derrière, je plante des jardins luxuriants, avec des écureuils et des pinsons .» Quelques minutes sur un quai de Châtelet, et le voilà qui propose d'autres folies : « J'installe des scènes de spectacle, un théâtre de Guignol, des marchands de glaces et de journaux, des fleuristes, des bouquinistes... Il faut ramener de la couleur, on passe tellement de temps dans le métro. On peut imaginer des scènes - un peu décadentes, glisse-t-il, le regard matois - d'agora romaine, bruyante, fourmillante, créative. » La rame pénètre en gare. Il referme son duffle-coat rouge. Fin du rêve.

Julie Cloris






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