"Difficile de se remettre en cause lorsque l'on a été élevé au biberon médiatico publicitaire de la société de consommation. Un cocktail ressemblant étrangement à la Soma, drogue euphorisante décrite par Aldous Huxley dans "Le meilleur des mondes"."
- Silence, Objectif décroissance

s'étaient donné rendez-vous pour une quatrième action dans le métro. Des dizaines de messages avaient été lancés sur Internet pour participer au mouvement et soutenir ainsi le collectif Stopub, sous le coup des poursuites de la régie publicitaire Métrobus depuis la dernière action du 17 novembre. L'opération n'a pas eu lieu : aux sept lieux de rendez-vous, des cordons de CRS ont encerclé les activistes. Bilan : aucun « barbouillage », des contrôles d'identité et des dizaines d'interpellations. Tout avait pourtant débuté comme les autres fois. A 19 heures, place de la Nation (XII e ), une cinquantaine de jeunes gens frigorifiés se retrouvent et font connaissance. Un jeune explique : « La police ou la RATP essaieront de nous arrêter verbalement, il n'y aura aucun contact physique. Ne les suivez pas s'ils vous le demandent. Ne vous séparez pas des autres, restez solidaires. »
« « Ne dégradez rien, on ne touche qu'aux affiches » Sa camarade, brunette aux cheveux courts, demande à chacun d'écrire son nom sur un bout de papier. En cas d'interpellation, il n'y aura qu'à le jeter à terre, pour que la permanence juridique qui a été mise en place puisse après coup contacter les commissariats. « Si vous voyez des gens s'énerver, abîmer les équipements, laissez-les », conseille le jeune homme. A ce moment-là, un premier groupe de CRS, que personne n'avait repéré, s'avance. Le militant énumère les consignes : « Ayez un titre de transport, n'ajoutez pas un délit à la liste. » Ou : « Ne dégradez rien, on ne touche qu'aux affiches. » Dans le groupe, une jeune fille s'inquiète de la présence des CRS. « On n'a rien fait », la rassure son voisin. « Vous serrez le dispositif, les gars, ordonne un officier. Personne ne sort. » L'inefficacité est totale. Comme une savonnette entre des mains mouillées, sans aucune peine, le groupe traverse la rue. Bloqué 50 mètres plus loin. « C'est moi qui donne les ordres », rugit le CRS. Un premier cercle ceinture le groupe ; un second prend position. « On a le droit de marcher dans la rue, tente un manifestant, un peu plus vieux que la bande. Je veux me déplacer, monsieur, laissez-moi passer. » Tout le monde attend. Puis trois policiers plus costauds que les autres extirpent un premier garçon du groupe. Ils l'emmènent jusqu'au bus pour un contrôle d'identité. Le second crie son nom : « Vincent B. » et explique à deux CRS qu'il ne leur facilitera pas la tâche. Raidissant ses jambes, il les oblige à le traîner par les bras. La scène est cocasse, tout le monde sourit. A la coordination, c'est le branle-bas de combat : « C'est une rafle à grande échelle, dénonce Robert, l'un des membres fondateurs de Stopub. Des centaines d'interpellations ont été faites dont on ignore si elles vont se transformer en gardes en vue tant que le délai des quatre heures n'a pas expiré. » Dépités ? « Pour l'instant on est dans l'urgence. Mais cette intervention nous situe bien le rapport de forces, déployer une police nationale pour protéger des intérêts privés. Ce ne sont pas les gardiens de la paix », tranche-t-il. Place de la Nation, à force de prélèvements individuels, le groupe a fondu. « Mais on ne touche qu'au papier », plaide une jolie rousse. « C'est du pinaillage juridique, ce n'est pas mon problème », rétorque un officier. Les filles sont relâchées. « Il n'y a pas de femme pour nous fouiller. » Les garçons attendent dans le bus d'être emmenés vers un commissariat. L'un d'eux a griffonné sur une feuille de cahier, collée à la vitre par la buée : « La PUB emprisonne. »


Julie Cloris

Le Parisien , samedi 29 novembre 2003
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