"L'argent ne fait pas le bonheur de ceux qui n'en ont pas."
- Boris Vian
Les agences s'inquiètent de la montée des mouvements anti-publicité
LE MONDE 27.11.03


Les actions contre les affiches se multiplient. En réponse, les publicitaires affirment que leur travail ne sert pas que la consommation, mais aussi, par exemple, des intérêts de santé publique.

Des militants anti-publicité se sont donné rendez-vous, vendredi 28 novembre au soir, dans le métro parisien, pour une opération de barbouillage des affiches. Dénonçant la "marchandisation de la culture et des esprits", ils n'en sont pas à leur coup d'essai. C'est leur troisième opération, depuis leur première action surprise, le 17 octobre.

Ce jour-là, plus de 200 personnes, intermittents du spectacle, étudiants, professeurs, chercheurs, militants ou simples sympathisants, ont quadrillé les lignes de métro. Marqueurs et pots de peinture en main, ils ont recouvert les publicités le long des quais. Très calmes, organisés, les bataillons partis de différents points de la capitale ont des consignes strictes, comme celles de ne pas dégrader le matériel ou de rester groupés en cas d'intervention policière. Leurs slogans, dont "La pub nuit à votre santé", ont été visibles plusieurs jours aux yeux des usagers du métro. Le 7 novembre, les militants, plus nombreux, récidivaient.

Métrobus, filiale du groupe Publicis et régie publicitaire de la RATP, a réagi en déposant plainte contre X... Elle a aussi décidé d'assigner en référé l'hébergeur de sites Internet Ouvaton, où les "anti-pub" avaient élu domicile virtuel, pour obtenir les noms des commanditaires. Le juge des référés devrait se prononcer lundi 1er décembre sur la question. Entre-temps, le site Internet www.stopub.tk, qui appelle au ralliement vendredi, a déménagé. De son côté, la police a procédé à une quarantaine d'interpellations. "Je ne m'interdis pas d'attaquer ceux qui ont incité à commettre cette action", affirme Gérard Unger, président de Métrobus, qui chiffre le coût des dégradations à près de 1 million d'euros, en tenant compte des dédommagements et des frais de nettoyage.

DÉRIVES SEXISTES

Cette opération commando a surpris par son ampleur. Elle s'inscrit dans un courant qui inquiète les publicitaires. Depuis quelques années déjà, des associations luttent contre la publicité. A l'instar de Résistance à l'agression publicitaire (RAP), par exemple, ou de Casseurs de pub, dérivé de l'association canadienne Adbuster, qui prône une journée sans achat, samedi 29 novembre. D'autres, comme La Meute, dénoncent systématiquement les dérives sexistes des publicités. Enfin, Paysages de France s'en prend aux "affiches et enseignes qui ne respectent pas l'environnement", selon Pierre-Jean Delahousse, qui a créé l'association grenobloise en 1992. "Nous voulons que l'affichage publicitaire respecte les réglementations en vigueur", poursuit-il. Attaqué par l'afficheur Défi, filiale du groupe Clear Channel Communication, pour diffamation, en août 2002, Paysages de France est entré dans un bras de fer juridique avec ce groupe. Dernier épisode en date, le 5 novembre, le tribunal de grande instance de Dinan (Côtes-d'Armor) a donné raison à l'association qui demandait le démontage de panneaux publicitaires installés à proximité du site classé de la Rance. L'afficheur a fait appel.

Dans ce concert, Oliviero Toscani, qui a signé les campagnes publicitaires très controversées de Benetton, avant d'être remercié en 2000, ajoute sa note : "Je déteste la publicité, comme elle est conçue ; elle est cannibale, elle tue les cultures locales. Ce sont les gens de l'économie qui décident, c'est pour cela qu'il n'y a pas de créativité", déclare le photographe italien, qui n'est pas à une contradiction près, puisqu'il a accepté de présider le jury du Festival du film publicitaire de Méribel (Savoie) en décembre.

Les publicitaires sont sensibles à ces critiques et à l'écho qu'elles reçoivent dans l'opinion publique et auprès des jeunes diplômés, moins enclins à rentrer dans la profession. Ils n'ont pas manqué de donner une réponse à leurs détracteurs en décernant, mercredi, à l'occasion de la Semaine de la publicité, le prix Effie 2003 de l'efficacité publicitaire à la campagne antitabac conçue par l'agence BETC-Euro RSCG. En juin 2002, un message avait été diffusé dans la presse et à la télévision : "Des traces d'acide cyanhydrique, de mercure, d'acétone et d'ammoniac ont été décelées dans un produit de consommation courante. Pour plus d'informations appelez gratuitement le 0800 404 404." Les gens s'étaient rués sur leur téléphone pour découvrir que ce produit n'était autre que la cigarette. L'Institut national de prévention et d'éducation pour la santé (INPES) a chiffré à un million le nombre d'appels téléphoniques suscités.

"C'est une campagne intéressante, car elle met en scène une information qui n'était pas connue des consommateurs", souligne Rémi Babinet, directeur de la création de BETC Euro RSCG et nouveau président du Club des directeurs artistiques. D'autres campagnes primées avaient également pour objectif paradoxal une baisse de la consommation, en particulier celle de l'agence Australie pour l'assurance-maladie, destinée à limiter la prescription d'antibiotiques, avec le slogan "Les antibiotiques, c'est pas automatique".

Laurence Girard
ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 28.11.03
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AFP, 24 novembre, 17h36
La RATP demande en justice les noms des animateurs d'un site anti-publicité


La Régie publicitaire des transports parisiens (Métrobus) a demandé lundi au juge des référés du tribunal de grande instance de Paris d'obliger la société Ouvaton, hébergeur du site stopub.ouvaton.org, à lui révéler l'identité des animateurs de ce site anti-publicité.
Le magistrat se prononcera lundi prochain, 1er décembre.
Métrobus, qui a porté plainte contre X le 3 novembre, se plaint d'actions de commandos anti-publicités qui dégradent les affiches de ses annonceurs dans les couloirs du métro depuis plusieurs semaines.
Cette société fait valoir que le site, qui renvoie à l'association Résistance à l'agression publicitaire (RAP), appelle les usagers à participer à ces opérations.
Deux actions ont notamment eu lieu les 17 octobre et 7 novembre. Bien que ces commandos ne s'en prennent qu'aux affiches elles-mêmes, Métrobus estime que ces opérations lui ont coûté 450.000 euros en frais de nettoyage et en avoirs, consentis aux annonceurs.
Lundi, elle a demandé au juge d'obliger la société parisienne Ouvaton, hébergeur du site, à lui révéler l'identité des animateurs, sous astreinte de 10.000 euros par jour de retard, puisqu'elle n'a pas obtempéré à ses précédentes demandes.
Quarante personnes avaient été interpellées lors de l'opération du 7 novembre, puis relâchées après contrôle d'identité.

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jeudi 20 novembre 2003, 16h41
Une régie publicitaire attaque un hébergeur web indépendant PARIS (Reuters) -


La régie publicitaire de la RATP, Metrobus, a assigné en référé une coopérative d'internautes, Ouvaton, pour la contraindre, sous la menace d'une astreinte de 10.000 euros par jour, à révéler l'identité des auteurs d'un des 3.500 sites qu'elle héberge.

A quelques jours de l'examen en deuxième lecture du projet de loi sur l'économie numérique (LEN) par l'Assemblée nationale, cette affaire, qui sera jugée lundi au tribunal de grande instance de Paris, met en émoi les hébergeurs indépendants, qui redoutent qu'elle fasse jurisprudence.

Le site « stopub.ouvaton.org » est le point de ralliement de militants anti-publicité qui ont barbouillé de peinture, de graffiti et de slogans des dizaines d'affiches publicitaires dans le métro parisien le 17 octobre et le 7 novembre.

Les initiateurs de ces actions, qui affirment être chômeurs, enseignants, intermittents du spectacle, personnels de santé, chercheurs ou fonctionnaires, ont lancé sur ce site un appel au "recouvrement des espaces publicitaires" pour protester contre la "privatisation du monde", la "marchandisation des esprits" et "l'agression publicitaire".

Ils insistent sur le caractère non violent de leur mouvement et demandent à leurs sympathisants de ne s'attaquer qu'aux affiches et non aux supports (panneaux, mobilier urbain ...). La RATP et Metrobus n'en ont pas moins déposé des plaintes contre X pour dégradations.

La législation actuelle impose à Ouvaton, si le magistrat chargé d'instruire la plainte de Metrobus le lui demande, de fournir les éléments d'identification des propriétaires du site "stopub", ce que les administrateurs de la coopérative se déclarent d'ailleurs prêts à faire.

Metrobus a cependant décidé de se retourner contre Ouvaton plutôt que d'attendre que l'instruction suive son cours, d'abord en demandant le 6 novembre par huissier à la coopérative de lui livrer ces informations et de fermer le site, puis en l'assignant en référé.

Outre l'astreinte de 10.000 euros par jour, Metrobus demande la condamnation d'Ouvaton aux dépens et au paiement de 2.000 euros de frais de procédure.

"Ce qui m'importe, c'est qu'il n'y ait plus d'appel à la dégradation. Je ne peux pas attendre trois mois parce que les dégradations m'ont coûté pas loin d'un million d'euros", a expliqué à Reuters Gérard Unger, président de Metrobus. "Donc j'utilise les procédures les plus rapides."

"INTIMIDATION"

Pour les administrateurs bénévoles d'Ouvaton et leur avocat, Marc Lipskier, la manoeuvre relève de l'intimidation économique sur un hébergeur qui permet à des centaines de sites associatifs d'exister pour quelques dizaines d'euros par an et leur offre un soutien technique permanent.

"Metrobus a choisi la voie la plus coûteuse. Il y a une volonté manifeste d'intimidation à l'égard de l'hébergeur", a déclaré Me Lipskier à Reuters.

"D'une certaine façon, Metrobus souhaite punir Ouvaton. Le fait même que nous devions engager des frais pour prouver notre innocence est une punition", estime pour sa part le président de la coopérative, Alexis Braud.

"Il est aberrant que nous devions payer une procédure injustifiée car il n'a jamais été question de refuser de fournir les données, pourvu que la procédure soit respectée."

Selon Alexis Braud, les seuls frais d'avocat représentent 10% du budget annuel de la coopérative, qui s'élève à environ 30.000 euros. "Encore une ou deux affaires comme celle-là et nous fermons", souligne le président d'Ouvaton.

Un autre hébergeur indépendant, le Réseau associatif et syndical, qui héberge le site de SUD-PTT, a récemment été assigné en référé par deux sociétés de télémarketing, qui exigent l'interdiction de la publication de toute information les concernant par ce syndicat sur son site.

Ces cas sont encore rares, la plupart des hébergeurs préférant céder à ce type d'injonctions en dehors de toute décision de justice, bien que ce soit contraire à la loi.

Les hébergeurs indépendants redoutent cependant qu'ils se multiplient avec la LEN, qui prévoit la mise en cause civile et pénale des hébergeurs de sites web s'ils n'agissent pas "promptement" pour mettre fin à une activité illicite.

Selon Me Marc Lipskier, spécialiste d'internet, ce texte imposerait, s'il est voté en l'état, aux intermédiaires techniques comme les hébergeurs de faire en quelque sorte la police du contenu des sites.

Un "devoir de vigilance impossible à mettre en oeuvre", estime l'avocat d'Ouvaton.

Un hébergeur pourrait ainsi se trouver à la merci des attaques de toute personne physique ou morale mécontente d'un site ou de son contenu.

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Un monde sans pub
lundi 10 novembre 2003
Digipresse


Plus d'une centaine de jeunes ont pris d'assaut le métro parisien dans la nuit du vendredi 7 novembre. Objectif : anéantir la pub, « responsable de l'asservissement de notre société ».

Français, Italiens, ou encore Espagnols, ils sont nombreux ce vendredi soir à répondre à l'appel d'associations comme Stopub. 150 jeunes de moins de 25 ans, armés de pinceaux, de pots de colle et de marqueurs attendent sagement place de la République le signal pour partir à l'assaut d'un ennemi qu'ils ne connaissent que trop bien. Un adversaire qu'ils côtoient depuis leur plus tendre enfance et qui ne cesse d'étendre son influence : la publicité. «Face à cette mainmise annoncée sur nos secteurs publics, nous déclarons publiquement que nous allons attaquer le carburant de cette marchandisation : la publicité » annonce sans équivoque possible un des nombreux tracts distribués par les tagueurs.

« Une charte de qualité »

Quelques-uns ne contiennent pas leur colère. Convaincus que la pub est le mal du siècle, ils inscrivent discrètement des «la pub nuit à la santé mentale» et autres «con-somme» sur le peu de mobiliers urbains disponibles. Un acte que condamnent les organisateurs. Remarqué en effet par les services de police lors de la première action il y a trois semaines, cette manifestation dispose pourtant d'une «charte de qualité». Les consignes sont claires : pas de vandalisme. En thèorie, on ne s'attaque qu'aux affiches et non à l'espace public.

Première étape : métro gare de l'Est. Etienne, organisateur et membre de Stopub fait sortir son groupe composé d'une quarantaine de contestataires très disciplinés devant la gare afin de tromper les forces de l'ordre déjà présentes à République. Après un rapide coup de fil, celui-ci apprend que trois d'entre eux sont entre les mains de la police. Après discussion, Etienne décide d'aller négocier leur libération.

La publicité, "instrument de l'asservissement de la société"

Dans les couloirs du métro, un autre groupe, dirigé par Florent, intermittent du spectacle se met soudain à peindre, bomber, arracher les affiches publicitaires. Ils sont équipés de longs pinceaux, de pots de diverses couleurs, de bombes, de marqueurs. Un tel acharnement est peu commun. C'est le fonctionnement «de notre système capitaliste» que remettent en cause ces jeunes «arracheurs de pub». Selon eux, la publicité sert les intérêts des grosses multinationales et autres entreprises qui recherchent le profit. Ces mêmes sociétés qui poussent à la privatisation de l'ensemble du secteur public. Premières cibles : la culture, la santé et l'éducation. «Je fais des croix sur les affiches publicitaires parce que bientôt il n'y aura plus que des hôpitaux et des écoles privées, et tout ce qui est privé a besoin de la pub» avance Florent se référant à l'accord général sur le commerce et les services en discussion à l'OMC.

Mais Faical, un jeune beur qui sort du métro et assiste à la scène reste dubitatif face à cette horde déchaînée. «Je trouve que la publicité est jolie et surtout utile» affirme-t-il. «Sans la pub, je ne pourrai pas connaître la qualité du produit».

Depuis des années, l'association «Casseurs de pub» a comme mot d'ordre «la publicité pour seule conscience ». Pour ces jeunes, la publicité impose un chemin qu'ils ne veulent pas suivre, un monde qu'ils n'ont pas choisi. Elle représente le monde de la consommation à outrance. Ils se sentent pris au piège d'un système qui les oblige à consommer. De plus la publicité est omniprésente dans la société. Certains jeux vidéo intègrent des publicités dans leurs mondes virtuels. «Un monde sans pub n'est pas réel» lance ironiquement un des participants.

Matthieu Toussaint © Digipresse 2003

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